La presqu’île de Giens abrite une faune foisonnante, dont une espèce rare : l’explorateur. Nous en avons un exemplaire non endémique, originaire de Troyes en Champagne. Il a choisi Giens comme biotope depuis 5 ans. Son « paradis sur terre » après l’enfer sur la glace. Car quand cet explorateur part, c’est pour l’Arctique, le Groenland, le Grand Nord, l’Antarctique aussi. Là où il faut se confronter à la Nature, dans toute son hostilité et dans toute sa beauté.

Nous avons rencontré Alban Michon, Hyérois et explorateur spécialisé dans la plongée sous glace. Il raconte sa dernière aventure effectuée début 2018 dans le livre qu’il vient de publier : « L’itinéraire d’un nomade des glaces ». A mettre impérativement sous tous les sapins de Noël !

Se dire que rien n’est impossible

Quand vous trouverez le livre dans vos chaussons le 25 au matin, n’attendez pas pour suivre Alban page après page le long du mythique passage du Nord-Ouest. C’est avec le cœur et tout son amour de la Nature, de la glace, du milieu aquatique qu’il écrit. Ajoutez à cela une volonté à toute épreuve et une envie d’aller chercher « le bonheur là où il ne devrait pas exister », ça donne un récit fort, sincère et impressionnant. 2 mois d’autonomie en mode camping dans l’hiver du Grand Nord canadien, 500 km à ski de fond, 170 kg de matériel à tracter, 5 plongées sous la banquise, le tout par des températures extérieures oscillant entre -10 et -55°C, ça calme. Pas Alban, au contraire. S’il se demande lui-même ce qu’il est venu faire dans cette galère, (attention spoil : oui, il a grave galéré), pas d’apitoiement, c’est justement pour ça qu’il est là : « trouver du confort là où il n’y en a pas », apprendre à connaître cette banquise tant aimée, vivre intensément la « liberté perpétuelle », puis revenir pour partager ce qu’il a vécu, ce qu’il a découvert.

Raconter un monde en train de changer

Les quelques villages qui bordent le passage du Nord-Ouest portent les marques de la fonte des glaces : devenant de plus en plus accessibles par voie maritime, ils se transforment en lieux de villégiature. Les touristes et l’argent affluent. Une catastrophe écologique vue d‘Occident, une aubaine pour la population locale. Un vieux pêcheur explique à Alban être plutôt content : comment et pourquoi tourner le dos au confort et à la modernité quand ils se présentent ? Où l’on voit que l’inquiétude dépend de la latitude.

Chacune de ses explorations (3 au compteur depuis 10 ans) est une relation intime avec les éléments. Et toujours les mêmes missions à accomplir : participer à des recherches scientifiques et témoigner de l’impact de l’évolution climatique dans le Grand Nord. Surtout, diffuser un message optimiste. Si la situation est grave, Alban nous dit qu’il n’y a pas de quoi désespérer « Je crois en la pédagogie, je crois en l’intelligence collective. Inverser une tendance est possible. On l’a vu depuis l’interdiction totale de l’utilisation de gaz à effet de serre en 1995. En 30 ans, le trou dans la couche d’ozone s’est nettement résorbé ». Alban se souvient aussi des boulettes d’hydrocarbure qui lui collaient souvent aux tongs, il y a 30 ans, quand il rentrait de la plage de la Bergerie pendant les vacances d’été qu’il passait chaque année à Giens. Les dégazages au large étaient fréquents. Même si aujourd’hui on n’est pas à l’abri d’un accident, la réglementation a grandement amélioré les choses.

Témoigner et transmettre

Alors Alban va à la rencontre des gens, dans les écoles, dans les festivals. Les Hyérois ont eu la chance de le croiser en décembre sur son camp de base monté place Clémenceau au milieu des animations de Noël. Armé de ses photos (sublimes) et de ses films (idem), il explique la banquise qu’il voit disparaître goutte à goutte, inexorablement. Il raconte aussi la résilience et la capacité d’adaptation de la Nature. Il parle de son parcours, de son métier. Il raconte les joies et les difficultés dans la préparation d’une expédition (compter 1 an de travail pour 1 mois d’expé). Les déconvenues face à des sponsors qui estiment que les 25000 ours polaires (c’est très peu) restant sur la surface de la terre ne valent pas le coup d’investir 1 kopek…

Repartir

Alban nous dit qu’il y retournera : « Il y a tout à découvrir en Arctique, c’est la première partie de la planète impactée par les changements climatiques ». Minot, il rêvait de faire de la plongée sous-marine son métier. Il s’est découvert une passion pour la glace à 20 ans et s’est révélé explorateur polaire à 30. Il imagine sa prochaine expédition comme l’aboutissement de tout ce qu’il a fait jusqu’à présent : « un truc fou, sur 8 ou 9 mois, en équipe… ». Ses yeux bleu glacier pétillent, on n’en saura pas plus. A suivre…

En attendant en janvier 2020 on ne manquera pas la diffusion sur Ushuaïa TV du film documentaire relatant ses 62 jours en solo sur la banquise. Quant au livre, il y a de fortes chances pour qu’à sa lecture, l‘envie vous prenne d’avoir un rêve, d’y croire très fort, et de le réaliser.

Un beau programme pour une nouvelle année.

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Rédaction : Aude Flambard

Crédit photos : Fred RégineAndy Parant

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