… mais pas que. Si la mythique voiture Citroën est un de ses attributs préférés (il en est à sa huitième depuis 1958), Francis Bernat est bien autre chose et il ne faut pas moins des 300 pages de son livre pour en faire le tour, et encore de manière non exhaustive. Quelle rencontre mes amis ce matin, veille de la 5ème fête du livre d’Hyères ! Francis, Hyérois depuis près de 90 ans, reçoit chez lui, sur une hauteur hyéroise, son livre à peine sorti de l’imprimerie. Livre à la fois autobiographie, saga familiale, récit historique, recueil de pensées, thèse, le tout largement illustré par des photos et autres documents personnels ou extérieurs. Et bien vous savez quoi ? on a beaucoup aimé ! La lecture est facile, rapide, aidée par les chapitres bien découpés par l’auteur. C’est une mine d’informations et d’histoires sur des sujets aussi variés que Hyères, en particulier le quartier du Portalet, le scoutisme, l’école dans les années 30-40, la 2 cv… Bref, cette lecture ne peut que susciter, à un moment ou à un autre, l’intérêt de chacun. Il faut dire que 91 ans d’une belle vie bien remplie donnent de quoi penser et de quoi écrire. Et Francis, même s’il dit ne pas être écrivain, possède une plume précise, claire et non dénuée d’humour. Au passage on se perfectionne en latin, on enrichit son vocabulaire et ses références littéraires (je ne connaissais pas la « tunique de Nessus », je m’en servirai dans un prochain article, merci Francis !).

Passeur de mémoire

Mais revenons à notre rencontre. Bon pied bon œil (il a quand même fêté ses 80 ans avec un saut en parachute à 4000 mètres d’altitude…), Francis commence à raconter son grand-père, puis son père… On se croirait à la veillée, sauf que les histoires sont vraies, drôles, fascinantes ou poignantes. Quand je lui demande ce qui l’a le plus marqué dans sa vie, Francis répond : « La privation de nourriture pendant la guerre [1939-1945]. J’avais 16 ans. Ma mère avait quotidiennement 8 bouches à nourrir. Et souvent elle n’y arrivait pas ». Francis nous parle d’un temps que les moins de 70 ans ne peuvent pas connaître. D’un temps où Hyères se vidait de sa population en été : les anglais rentraient en Grande Bretagne passer la saison chaude. Difficile à imaginer aujourd’hui, vous ne trouvez pas ? Il nous parle même des témoignages et souvenirs qu’il a recueillis auprès de ses grands-parents, eux aussi passeurs de mémoire. C’est de famille !

Moins de religion, plus de cul !

Dans son livre, Francis livre ses coups de gueule et ses réflexions personnelles, sur l’évolution de la langue française par exemple ou contre les « parisiens » (terme qui désigne tout ce qui n’est pas provençal, lui faisant dire qu’on peut être un « parisien de Strasbourg » !). La question de Dieu et des religions est aussi abordée, d’ailleurs certains de ses tout premiers lecteurs lui ont dit que « ces bondieuseries n’intéresseront personne » et lui ont même conseillé de raconter, je cite, « quelques histoires de cul » à la place. C’est un choix littéraire. Francis a préféré garder un peu de jardin secret et nous livrer quelques unes de ses réflexions philosophiques. Et puis le lecteur est gentiment prévenu au début du chapitre en question qu’il peut sauter quelques pages, si jamais le sujet lui déplaît.

D’un coup je vois Francis monter l’escalier et revenir avec un vieux cahier ayant appartenu à son père : « il avait 12 ans, c’était son cahier d’algèbre et d’éducation religieuse ». Un vrai trésor, une écriture magnifique à l’encre violette, des figures géométriques sans rature, précises. Un autre temps, presqu’un autre univers. Francis en est un peu le gardien.

L’homme à la 2 cv nous invite à nous poser, à ralentir, à prendre le temps. Souvenons-nous que le cahier des charges de la 2 cv exigeait que la voiture devait pouvoir rouler « à une vitesse de 60 km à l’heure, pour une consommation de trois litres d’essence », le tout en transportant « un cultivateur en sabot et cinquante kilos de pommes de terre ». Pas grand chose à voir avec notre conception actuelle de la voiture, de sa vitesse et de ce que l’on met dedans… Malgré tout profitons de Francis et de sa mémoire, de sa traversée du 20ème siècle, de sa bonne humeur et de sa générosité.

Il ne reste plus qu’à le lire et encore mieux, aller le rencontrer. Il sera présent parmi les 150 autres auteurs invités, samedi 11 et dimanche 12 mai à la fête du Livre d’Hyères. Vous allez vous régaler !

« L’homme à la 2 cv » éditions Les Presses du Midi, 317 pages, 25 euros.

Rédaction : Aude Flambard

Photos : Fred Régine

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