Luce Michel est autrice. Et traductrice. Oui mais pas que. Maman aussi. Oui et ? disons une quarantenaire bien dans ses baskets… de la Presqu’île de Giens, le plus près possible de la mer… Mais après tout, pourquoi mettre les gens dans des cases ? On sait que ça ne fonctionne pas, que l’être humain est plus élaboré, compliqué, profond, et évolutif que cela.

Lola, Alice et Zoé

C’est le sujet de la série de 3 livres (« Lola, sérieux ! »/ « Alice, superbe ! »/ « Zoé, fantastique ! »1), dont le dernier est paru fin janvier 2019, écrite par Luce Michel, sise à Hyères depuis toujours ou presque. Ses héroïnes, trois copines, ont toute un tic de langage qui les caractérise et les ancre bien dans leur époque. Pour Zoé, les choses sont « fantastiques », les situations sont « fantastiques », son quotidien est « fantastique ». Bref Zoé, mère de famille, la quarantaine, parisienne, adepte des bouquins de développement personnel, mariée depuis 20 ans, employée dans une start-up, est bien dans sa vie. Il faut dire que c’est exactement celle qu’elle imaginait à 18 ans. Donc oui, vu comme ça, tout peut être « fantastique ». Jusqu’à la phrase qui tue. Prononcée qui plus est par son mari. Et là ça part en vrille. Les cases dans lesquelles Zoé avait soigneusement rangé sa vie ne sont plus les bonnes…

Autrice hyéroise…

C’est en voisin, en tant que seul et unique flamant rose des Pesquiers à bouquiner, que je me suis rendu chez Luce, à la Bergerie, en bord de salins. Pour discuter de son dernier livre : «Zoé, fantastique !» Mais aussi de son premier métier : la traduction.
Le Flamant Rose : Cette Zoé, elle envoie du lourd !
Luce Michel : «oui, Zoé est un personnage à la fois caricatural et profond. Bobo, écolo, féministe, active, elle surfe sur les tendances. Elle a des valeurs affirmées, mais aussi des failles et des incohérences. Et quand ça se complique dans sa vie, c’est encore pire, ses grands principes volent en éclat.»

Le Flamant Rose : la crise que traverse Zoé pose des questions telles que c’est quoi aimer ? C’est quoi être heureux ? Comment faire avec les diktats de la société ?
Luce Michel : « Zoé aime sa charge mentale et son statut de mère de 3 enfants. Ca constitue son socle, son équilibre, loin des considérations féministes actuelles. Elle essaie de trouver des solutions à la crise qu’elle traverse dans les bouquins de développement personnel. Finalement elle se rend compte que sa fille de 19 ans lui apporte plus de réponses que toutes ces lectures. Je cite quelques ouvrages réels, je me suis amusée à en inventer d’autres. Il y en a un que j’ai traduit de l’américain, qui m’a fait hurler de rire. Rien que le titre, c’est un programme : « La magie du j’en ai rien à foutre : adoptez la méthode Mêmepasdésolé »2. »

traductrice avant tout

Le Flamant Rose : c’est quoi être traductrice ?
Luce Michel : « c’est être auteur. En droit, le statut est le même. Malheureusement les traducteurs-rices sont méconnu-e-s, oublié-e-s, pas du tout mis-e-s en avant. Il est vrai que quand une traduction est bien faite on ne doit pas se rendre compte qu’il y a eu le filtre de la traduction. Quand je traduis un auteur américain, il faut quasiment que je rentre dans sa tête, que je connaisse son univers littéraire. Il faut que je partage ses références culturelles. C’est un métier de l’ombre, exigeant et passionnant. Finalement, pour pratiquer les deux, il est plus facile d’écrire que de traduire. »

Fan de la presqu’île

Le Flamant Rose : Dans «Zoé, fantastique !» des passages se déroulent dans le Var, notamment un week-end où Zoé débarque à Hyères, chez sa copine, pour se ressourcer.
Luce Michel : « Zoé habite Paris, pour moi ça tombait sous le sens de la faire venir à Hyères. Je ne sais pas écrire sur ce que je ne connais pas. Et Giens, la Presqu’île, je connais par cœur. J’y suis très attachée. Une partie de ma tribu familiale est varoise, j’ai passé mon adolescence à regarder les planchistes à l’Almanarre. Quand je voyage ou m’expatrie, c’est toujours pour revenir ici. Et puis sur la Presqu’île, on sent à la fois la force et la fragilité de la nature, on sait qu’un jour ou l’autre ici ce sera submergé, on ne maîtrise pas grand chose en la matière. Finalement ça ne m’angoisse pas, ça me plaît ! »

Avant de se quitter, Luce me livre ses coups de cœur hyérois : « J‘adore aller prendre un verre au Welcome café3. Passer au milieu des planches de surf pour gagner la salle, ça me fait rêver. Je ne suis pas du tout sportive, donc c’est un univers fascinant pour moi. L ‘autre lieu dont je raffole, c’est la boucherie de la Capte, chez Michel et Patrick. Non seulement ils proposent des super produits, mais en plus ces deux frères sont authentiques, d’une générosité folle. Je ne me lasse pas d’écouter Patrick raconter la Capte des années 60/70. » En lectrice professionnelle (elle lit plus de 200 bouquins par an !). Luce salue son bouquiniste préféré, celui des puces de la Capte, fidèle au rendez-vous tous les dimanche matins.

Maintenant, ami lecteur, à toi de jouer, ou plutôt de lire. Tu as en effet de beaux moments de lecture en perspective. Tu peux par exemple t’installer confortablement en terrasse place Massillon pour savourer la plume dynamique et drôle de Luce Michel. Ou encore bien te caler sur ta rabane à la Badine, des romans feel good comme ça, ça fait du bien, faut pas s’en priver.

1 Lola, sérieux ! éditions Pygmalion, 2018, Alice, superbe ! éditions Pygmalion, 2018, Zoé, fantastique ! éditions Pygmalion, 2019
2 La magie du j’en ai rien à foutre : adoptez la méthode Mêmepasdésolé, de Sarah Knight, traduction Luce Michel, éditions Marabout, 2017
3 Welcome café 109 allée du Pousset, Hyères

Actualité :  Dédicace à Porquerolles SAMEDI 15 JUIN 2019

————————————————————————

Rédaction : Aude Flambard

Crédit photo : Fred Régine

Texte & Photos soumis à des droits spécifiques – Utilisation interdite sans notre accord

————————————————————————

La reproduction et l’utilisation des photos, des vidéos et des textes de La Gazette du Flamant Rose sont interdites sans notre accord et sont autorisées uniquement avec notre accord !

832 Partages