Hyères est décidément une ville aux ressources extraordinaires. Par exemple, si vous êtes en quête d’une démarche pédagogique alternative telle que Montessori* pour vos enfants de 0 à 18 ans, pas moins de 3 structures hyéroises proposent un apprentissage et des activités de qualité : l’école maternelle Jules Michelet, l’Association ASPIR de Marion (ateliers Montessori et accompagnement parental) et l’Aventure Montessori d’Elodie (ouverture en septembre 2020).

Mylène, enseignante Montessori à Hyères

Aujourd’hui, c’est plus précisément de Mylène dont je viens vous parler, enseignante depuis près de 30 ans dont les 12 dernières années à l’école maternelle Jules Michelet de Hyères. L’année scolaire qui vient de s’achever est particulière pour Mylène. La crise sanitaire, bien sûr, qui a plongé l’ensemble du personnel de l’éducation nationale dans de rudes conditions de travail, mais pas seulement. Pour Mylène, le 3 juillet 2020 sonne l’heure de la retraite. Comme pour bon nombre d’enseignants chaque année me direz-vous, certes. Mais pour Mylène et pour son école, ce n’est pas rien. Je vais vous expliquer pourquoi. D’abord Mylène, ce n’est pas n’importe qui : « c’est une pépite », « c’est un trésor qu’il ne faut pas laisser partir comme ça », me dit Agnès, sa formatrice Montessori. En effet Mylène a choisi de suivre la pédagogie développée au début du XXème siècle par Maria Montessori, première femme italienne diplômée en médecine.

Le génie de Maria Montessori

Quand on entre dans la classe de Mylène, une vingtaine d’enfants de 3 à 6 ans (classe triple niveau petite, moyenne et grande section) évolue librement dans le calme et une ambiance studieuse. Chacun vaque à l’activité qu’il s’est choisie, seul ou avec un camarade, demandant de l’aide à l’occasion. Pour les pitchouns qui ne seraient pas trop dedans, libre à eux de sortir de la classe pour se détendre, se défouler dans la salle d’accueil ou dehors, c’est prévu. Pour ceux encore qui n’auraient pas fini leur nuit, un rabe de dodo est possible aussi. « Le génie de Maria Montessori est d’avoir défini comme un des principes de base à l’apprentissage qu’on ne met jamais un enfant devant un échec. Cela se concrétise par une approche centrée sur l’enfant et non pas biaisée par l’adulte. L’enfant fait face à une seule difficulté à la fois. S’il est fatigué ou excité : il n’est pas dans de bonnes dispositions pour apprendre. Lui proposer ce qui le reposera ou le calmera est plus judicieux et efficace que de lui imposer un apprentissage auquel il ne sera de toute façon pas réceptif » explique Mylène.

Apprentissages dans la joie et l’autonomie

Et ça donne de beaux résultats : âgées de 5 et 6 ans, deux petites filles ont décidé de compter jusqu’à 1000 grâce à la « chaîne des 1000 ». Dans la salle d’accueil tout en longueur, elles déploient au sol une longue ligne faite de jolies perles couleur ambre montées sur des tiges et comptent, s’interrompant de temps en temps, toutes contentes d’aller dire à leur maîtresse qu’elles sont arrivées à 856. L’objectif n’est pas la performance, mais l’apprentissage sans limite, dans la joie et l’autonomie. Visiblement chez Mylène, on est en plein dedans. « J’ai appris à l’IUFM que la capacité de concentration d’un enfant en maternelle ne dépasse pas le ¼ d’heure. Dans ma classe j’ai vu à maintes reprises des enfants absorbés pendant 1 heure par leur activité ». Et ça, c’est son bonheur à Mylène. A 20 ans, cette italienne née à Dijon était sur les rails pour devenir professeur d’italien. Des amis l’inscrivent au concours de feu l’IUFM, la préviennent la veille, elle y va, elle est prise. 35 reçus sur 350 candidats… Pendant 22 ans elle fait des remplacements, finit par être affectée dans le Var, cherche une école où se poser mais ne s’épanouit pas en tant qu’enseignante : « Dans l’enseignement traditionnel je trouvais qu’on n’était pas assez près des besoins des enfants ». Elle perçoit confusément ce que Maria Montessori a clairement défini : « Le plus difficile, c’est de faire comprendre à l’institutrice que pour que l’enfant progresse, elle doit s’éclipser et renoncer au droit qu’on lui a reconnu jusque-là. *» Comment appliquer cela ?

Montessori : une évidence pédagogique

Et puis Mylène arrive à l’école Jules Michelet de Hyères il y a 12 ans. Celle située tout en haut dans la vieille ville, dans un magnifique bâtiment historique d’où l’on voit la mer et Porquerolles. Avec les 2 autres institutrices de maternelle de l’époque, dont Anne, encore là aujourd’hui, Mylène partage son insatisfaction et une vision alternative du métier. Leur questionnement est permanent. Anne a l’occasion de visiter une classe, ailleurs, qui propose des ateliers Montessori et c’est le déclic immédiat : c’est ça qu’elle et Mylène attendaient. Après 2 ans d’application à tâtons, apparaît la nécessité de se former. Aux frais et sur les temps de vacances des institutrices. Mylène se forme auprès d’Agnès Putaud à Vaison la Romaine pendant les vacances de la Toussaint. Une révélation, des évidences à la pelle « toutes les solutions que je n’arrivais pas à mettre en place étaient là ». A la rentrée, Mylène change tout dans sa classe pour l’adapter à cette pédagogie qu’elle ne quittera plus. Les 3 institutrices et le directeur de l’école Michelet proposent leur nouveau projet pédagogique à la mairie de Hyères et à l’inspection académique qui apportent leur soutien. La mairie finance l’achat de matériel, les aménagements spécifiques et la formation des ATSEM, binômes indispensables des enseignants. Depuis les familles suivent et les parents avertis ne s’y trompent pas : les demandes de dérogation pour des élèves n’habitant pas la vieille ville sont chaque année plus nombreuses. De quoi donner un nouveau souffle à cette petite école de quartier (6 classes en tout réparties entre maternelle et primaire) qui domine la ville depuis 1885, jadis école des filles.

Au-revoir Mylène

Mais ce sera sans Mylène, remplacée par Yasmina, institutrice formée Montessori et déjà familière de l’école. Mylène, elle, est déjà dans sa vie d’après « J’ai adoré ma vie d’institutrice, surtout depuis que j’ai croisé Maria Montessori et depuis que je suis à Hyères. J’ai eu un véritable coup de foudre pour la ville et la région en général. Maintenant je tourne une page, d’autres projets m’attendent ailleurs. » Au grand désespoir de sa formatrice qui voit là un trésor exceptionnel, une source de connaissance et d’expérience en pédagogie Montessori s’échapper. Seuls ceux qui auront eu la chance de croiser Mylène sur le chemin de l’école, son sourire et sa bienveillance sans faille pourront raconter. C’est notre cas, c’est ce que nous faisons. Pour tout ce que vous avez fait, un grand merci, maîtresse !
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* En savoir plus sur la pédagogie Montessori : www.montessori-france.asso.fr
* La pédagogie scientifique, la découverte de l’enfant. Maria Montessori, édition Desclée de Brouwer – 2004.
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Par Aude Flambard
Crédits photos Fred Régine

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