Rouge-gorge, mésange charbonnière, mésange bleue, rouge-queue, pigeon, tourterelle, bergeronnette printanière, fauvette, pie, huppe, moineau, merle, faucon crécerelle, chouette hulotte… Voici quelques-uns de mes copains qui crèchent dans la partie urbaine de Hyères. Parce qu’il n’y a pas que les Vieux salins, la Presqu’île de Giens ou les Îles d’Or comme « place to be » pour les 357 espèces d’oiseaux qui peuvent être observées sur l’ensemble du territoire hyérois. Et même s’il est vrai que je suis la star locale, le flamant rose, ça fait pas un écosystème ou une biodiversité à lui tout seul !

Biodiversité de proximité en danger

Comme l’ensemble de la nature actuellement, ami-e hyérois-e tu sors de ta léthargie hivernale, tu redécouvres que tu as un jardin ou un balcon et tu le réinvestis. Il n’y a pas que toi, les oiseaux aussi ! Pas les gros spécimens comme moi bien sûr, un flamant rose sur un balcon, ça serait encombrant. Mais les plus petits de mes confrères qui, pour certains ne pèsent que quelques dizaines de grammes et reviennent d’une lointaine migration. Ils font partie de ce que l’on appelle la biodiversité de proximité, fragile et menacée. J’entends déjà les moins open me dire « ok le Flamant rose, c’est bien gentil, mais moi j’ai qu’un balcon de 6 mètres carrés ou un jardinet et puis j’ai pas envie de me prendre la tête pour des piafs ». Alors ami humain, sache que, si les oiseaux vont mal, toi aussi, tu es mal. Depuis 15 ans les volatiles du monde entier disparaissent des campagnes à vitesse grand V, et dans les villes c’est pas mieux. En cause les activités humaines de type urbanisation massive et utilisation de produits chimiques à tout va. Vu comme ça, offrir un minimum d’hospitalité aux oiseaux semble être la moindre des choses.

Être l’ami des oiseaux c’est pas compliqué !

C’est à un fin connaisseur, passionné et enthousiaste, que nous avons demandé de t’expliquer, ami-e hyérois-e, comment mettre en place une relation gagnant-gagnant avec les petits oiseaux qui ont le même lieu de vie que toi, c’est à dire la zone urbaine de Hyères. Il s’appelle Norbert Chardon, est animateur à la Ligue Protectrice des Oiseaux* et responsable du programme des Salins. Il nous a rejoint dans le jardin d’une famille comprenant 2 enfants et 1 chat, à l’ouest de la ville, pour nous montrer concrètement quoi faire. « Il y a plein de petites choses très simples à mettre en place, même dans un petit espace afin de le rendre accueillant pour les oiseaux urbains. » explique Norbert. D’autant que, actuellement, en ce début du mois d’avril, nous nous trouvons dans une période cruciale pour les oiseaux : « en avril-mai, sur 2 à 3 mois, les oiseaux nichent et se reproduisent, ils ont donc des besoins et sont plus vulnérables. Sans le savoir, on peut leur faire beaucoup de mal. » poursuit-il.

Nous allons donc commencer par ce qu’il ne faut surtout pas faire !!!

  • Tailler ses haies au cordeau, enlever tout ce qui dépasse, c’est créer une zone quasiment stérile pour la biodiversité.
  • Chouchouter son gazon anglais c’est pas si Feng-Shui que ça : peu de vie et peu de ressource là-dedans.
  • Introduire des auxiliaires de jardinage comme les coccinelles : pas bonne idée car il s’agit la plupart du temps d’espèces asiatiques importées, donc pas locales, qui feront plus de mal que de bien.
  • Mettre des pièges à insectes qui dégomment tout sans distinction : à prohiber.
  • Nourrir les oiseaux après le mois de mars : ils trouvent ce qu’il leur faut tout seul jusqu’aux premiers froids de l’hiver.
  • Enlever les nids existants : STOP !!!! les hirondelles par exemple retournent chaque année pendant 10 à 15 ans dans le même nid. Si vous avez la chance d’avoir des nids chez vous, gardez-les !!!
  • Utiliser des engrais et autres pesticides pour vos plantations : RE-STOP !!!! ça détruit tout, pas que les mauvaises herbes.

Maintenant voyons ce qu’il faut faire

Point positif : pas de gros dispositifs à envisager, rien d’onéreux non plus. La nature aime la simplicité :

  • Laisser un tas de cailloux, de feuilles mortes ou de bois mort dans un coin. Ca fera autant d’abris à insectes dont se délecteront les oiseaux.
  • Semer une prairie fleurie sur quelques mètres carrés, mettre en pot des plantes mellifères (thym, lavande, romarin…) permettront aux pollinisateurs de faire leur boulot.
  • Garder une petite partie de sa haie bien touffue : c’est un abri de choix pour bon nombre d’espèces.
  • De manière générale, même si avec les beaux jours vous avez le taille-haie et la tronçonneuse qui vous démangent, reporter les gros travaux du jardin à l’automne quand les jeunes ont fini de nicher.*
  • Disposer face au sud un nichoir en hauteur, un peu abrité et bien fixé.
  • Placer une coupelle d’eau à changer tous les 4 jours pour éviter la prolifération des moustiques, les oiseaux assoiffés l’été et qui se lavent soigneusement chaque matin vous diront merci.

Mais dis-moi Norbert, sur mon balcon avenue Gambetta ou rue Matignon, je fais quoi ? « disposer une coupelle d’eau, un nichoir et une jardinière de plantes mellifères locales, c’est suffisant pour créer une zone accueillante où les oiseaux pourront se restaurer, se poser et gazouiller ».
OK, mais dis-moi encore Norbert, les oiseaux c’est cool sauf que ça peut occasionner quelques désagréments… « pour éviter les déjections, une planchette en bois fixée juste en-dessous des nids accueillera les fientes. Comme toujours, les animaux peuvent causer des problèmes sanitaires en cas de forte concentration. Ce n’est pas le cas des oiseaux des villes à Hyères, donc rien à craindre niveau santé. »
Dernière chose Norbert, j’ai un chat chez moi, c’est pas compatible, n’est-ce pas ? « Les oiseaux ont une vue exceptionnelle, donc voient le félin de très très loin. Et puis quand vous brossez votre chat, récupérez les touffes de poil et laissez-les à disposition dans votre jardin. Les oiseaux s’en serviront pour garnir leur nid douillet ! ».

Norbert est intarissable et c’est tant mieux car on l’écouterait pendant des heures. Si vous voulez en savoir plus, n’hésitez pas à consulter le site de la Ligue Protectrice des Oiseaux. Des animations, expositions, conférences sont régulièrement organisées par Norbert et ses collègues de l’équipe LPO locale.

En attendant bonne cohabitation avec vos nouveaux coloc à plumes. Le Flamant rose vous dit merci pour eux !

* Ligue Protectrice des Oiseaux (LPO) https://paca.lpo.fr/
* il est légalement interdit – par arrêté préfectoral – de tailler ou d’arracher toute haie après le 15 mars et jusqu’au 31 juillet.

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Rédaction : Aude Flambard

Crédit photo : Fred Régine et LPO PACA

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